20 Avril 2025
EXTRAIT - RECIT N° 3 ; - LA BATAILLE DE VERDUN - Hommage aux 25 000 engagés algérien mort dans les tranchées.
A la deuxième quinzaine du mois de mai 1960 et lors d'un contrôle de la police militaire, un jeune militant fut arrêté en plein centre-ville. Il fut embarqué dans un camion GMC. Sur la table de torture, alors que les ciseaux lui arrachaient la peau, il criait comme un fou à qui pouvait l’entendre. Sa figure était complètement écrasée par les coups de poing, son sang coulait sur la dalle. Ses yeux gonflés restaient fixés sur la manivelle du poste radio pour la séance de l’électricité. Son cœur battait très fort alors que les tortionnaires reprenaient leur souffle. Il finit par avouer : un plan avait ressurgi dans sa tête pour sauver sa vie et pour ne pas dénoncer ses amis militants. Il balança un ancien combattant de la grande guerre de 14/18. Ils ne pourraient rien contre lui. Il est plein de décorations, du moins l’espérait-il. Devant le sergent Torres, il dit en tremblant : « Les armes sont cachées chez Abdeljebbar, au centre-ville ! », « Mais qui est Abdeljebbar ? » Ragea le tortionnaire. Il lui donna son adresse, tout en bégayant, la peur au ventre.
Abdeljebbar était un rescapé de la célèbre bataille de Verdun en Loraine qui s’était déroulée du 21 février au 18 décembre1916.
Le lendemain, à l’aube, les bérets rouges, ayant à leur tête le colonel Deseze, pénétraient dans la maison de l’ancien combattant des tranchées que les bombardements avaient fait perdre les deux jambes et trois doigts de la main gauche. Les militaires fouillaient la maison de fond en comble sans rien trouver. Dans le salon était accroché au mur, un tableau des décorations honorifiques. Le colonel tressaillit, perplexe. Il lut à haute voix aux soldats : « Officier de la Légion d’honneur, Médaille militaire, Croix de guerre, Médaille de Verdun, Croix des combattants volontaires ». Etonné, il demanda gentiment à quel titre elles furent décernées. Le grand mutilé leur fit le récit : « Durant la Première Guerre mondiale, on était engagé pour aller aider l’armée française, en vue de repousser les Allemands qui venaient de franchir la frontière. Le 24 février, notre commandant nous a donné l’ordre de passer à l’offensive. Les obus de l’ennemi détruisaient tout un village, sous nos yeux. Près d’une maison en ruine, j’ai aperçu un bébé qui pleurait près de sa mère, tuée par les bombardements. Terrifié par l’horreur, je pris l’enfant, et le mis dans ma musette et courus vers mes camarades de combat qui avançaient vers l’ennemi. Le clairon sonna la charge pour une pause. Profitant de ce répit, et discrètement, je me rendis auprès des services de la santé qui se trouvaient à plus d’un kilomètre de notre campement. Après avoir embrassé le bébé bien affectueusement, comme s’il était mon fils, je l’ai déposé entre les bras d’une infirmière, stupéfaite mais attendrie…Puis, il fixa sévèrement l’officier et prononça ces mots :
- Vous qui m’humiliez, aujourd’hui, vous êtes peut-être le bébé du passé dont j’ai sauvé la vie lorsque j’étais soldat aux premières lignes pour sauver votre pays, la France, contre l’envahisseur allemand.
Après avoir bien remarqué le bouton très visible de la Légion d’honneur épinglé sur le burnous que portait ce héros-combattant, l’officier supérieur se contenta de s’excuser en disant tout simplement : « Désolé, cher monsieur. Nous ! On fait notre boulot, sans plus. » Finalement, les paras quittèrent les lieux en le laissant debout, tout en s’appuyant sur ses deux béquilles...
TRADUIT A BERLIN EN 6 LANGUES EUROPEENNES.