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Ain sefra: EL-WATAN (QUI SE SOUVIENT D'ISABELLE EBERHARDT) par Bellaredj Boudaoud

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EL-WATAN N° 3025 DU16/11/2000

QUI SE SOUVIENT D'ISABELLE EBERHARDT

(CRUE DE L’OUED DU 22 – 23/10/2000 - VICTIMES FAMILLE KHALLOUFI NOUVELLEMENT INSTALLEE A AIN-SEFRA)

        Ain-Sefra, la nuit du 22 au 23 Octobre 2000, lorsque les eaux en crue de
l'oued qui la traverse engloutissent en quelques instants sa « ville basse » (Centre ville) et la recouvrent de sable et d'eau, d'une boue cuivrée, dévastatrice et meurtrière.

       Le ksar et la grande partie de la ville par leur hauteur ont été épargnés, les sauveteurs ont vu la terrible montée des eaux et la force des flots, surpris par sa soudaineté, n'ont rien pu faire pour venir en aide aux habitants en détresse durant cette pénible première heure. Ce n'est qu'à partir de la deuxième heure que les sapeurs pompiers et les volontaires mobilisés ont intervenu pour apporter soutiens et assistance aux citoyens en danger.

       Cinq membres d'une même famille, originaire de Sidi Bel-Abbés ont été emportés par les eaux. Un témoin oculaire réfugié sur le toit d'un garage où il a passé toute la nuit, affirmait avoir vu le père Khaloufi et ses deux enfants à moitié au-dessus des eaux, criaient au secours. Le père tenait ses enfants par les mains, la fille à gauche et le fils à droite. Cette scène était terrible à voir, c'était bouleversant, ajoutait-il.

      Leurs corps ont été repêchés le jour suivant par les éléments de la protection civile. D'autres ont été portés disparues. Les habitants, les commerçants du centre de la ville, les marchands ambulants venus à l'occasion du marché hebdomadaire ont subi d'énormes dégâts matériels. Plus de trente hectares de terre agricole situés aux abords de l'oued ont été dévastés par les eaux. Des centaines de têtes de bétail ont été emportés par les flots. Depuis mercredi, les engins (bulldozers) de l'armée dégageaient la boue et le sable des rues du centre de ville.
      De toutes les Wilaya de l'Ouest et du Sud-ouest, la Wilaya de Naâma était la plus touchée. Pour un bilan provisoire on enregistrait : 17 morts, quelques 396 sinistrés, une centaine de familles hébergées dans les établissements scolaires, des habitations partiellement détruites, des terres agricoles dévastées, des têtes de bétail emportées par les eaux.
     Cette catastrophe de l'Oued-Sefra a été des moindres en pertes humaines par rapport à la célèbre et mémorable crue de l'oued du 21 octobre 1904 où le nombre officiel était de vingt six (26) morts. Cette crue devenue célèbre parce qu'elle a été rapportée à l'époque par tous les journaux d'Algérie et de France quand Isabelle Eberhardt journaliste et écrivaine y périt.
    Imaginez le nombre de morts et de dégâts matériels qu'aurait causée la crue de l'oued si elle était arrivée à 9h 30 comme en 1904 et en ce jour de marché hebdomadaire où les administrations (Mairie, Etat-civil, SONELGAZ, Banques), un hôtel privé et des établissements scolaires (un lycée, deux écoles primaires, une cantine) y fonctionnaient et le tout bâti sur le lit de l'oued !

Faut-il en tirer des leçons pour l'avenir pour éviter de pareilles catastrophes ? La politique de l'oubli est une fatalité en elle-même. Il faut des études concrètes pour de futurs aménagements. La vie et les biens des citoyens en dépendent.

MORT ACCIDENTELLE D'ISABELLE EBERHARDT
TEMOIGNAGE DE KHON KLEN RICHARD

« Le 21 octobre 1904, jour de la catastrophe (…), nous assistons, empoignés par l'angoisse, l'engloutissement de la ville par l'inondation. Nous demandons de quelle façon nous pourrions venir en aide aux habitations (…) A ce moment, toute la partie basse de la ville était submergée. Isabelle Eberhardt a quitté l'hôpital vers 9h, elle aurait retardé d'une heure sa descente de l'hôpital qu'elle échappait à son destin funeste. Mais comme on dit, quand on est marqué pour la mort, il n'y a rien à faire pour la tromper. Le 23 octobre 1904 à 9h 15', on a découvert le corps d'Isabelle Eberhardt. Près du corps sont retrouvés des
manuscrits plus ou moins endommagés par la boue de l'oued."
Aujourd'hui, plus d'un siècle après l'inondation d'Ain-Sefra, les manuscrits d'Isabelle portent encore quelques traces de boue. Ils disent sept années de la vie d'une femme, depuis son arrivée en Algérie en mai 1897 à l'âge de vingt ans, jusqu'à sa mort.

ISABELLE EBERHARDT DANS LA RUE

A travers ces écrits se précise tout son caractère qui cache une âme assoiffée de justice, d'éternité et profondément musulmane ce qui explique bien dans son oeuvre ses prises de position envers les musulmans en dénonçant la violence de la politique française en Algérie.
Le 6 février 1921, M. Mallebat directeur de la « Revue Algérienne » attaquait avec violence Victor Barrucand, éditeur et directeur du journal « L'AKHBAR » il venait de constater que le nom d'Isabelle Eberhardt ne figurait pas dans le « Nouveau Larousse Illustré » alors que la notice consacrée à Barrucand attribuait à celui-ci seul la composition du livre « DANS L'OMBRE CHAUDE DE L'ISLAM » fait de divers manuscrits d'Isabelle ; il déclarait : « Cette femme de génie, disparue dans une catastrophe qui a eu un retentissement, la mort tragique qui a provoqué tant de regret ; l'hommage rendu à la disparue par des écrivains éminents, rien de tout cela n'a valu à Isabelle Eberhardt de
forcer les portes du Larousse que M. Barrucand a franchies d'un pas allègre…
M. Barrucand a été jugé digne d'entrer. Il entre et s'installe, mais la pauvre femme reste dans la rue ».
Quand on est déclaré ennemie de la France, il n'y a rien à espérer ! C'est pourquoi aujourd'hui, il est du devoir de l'Algérie d'honorer celle qui a partagé les souffrances et les misères de son peuple et avait convaincu de la faillite du colonialisme à l'époque. N'est-ce pas là une cause juste à défendre ?

PAR BELLAREDJ BOUDAOUD

 

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