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L'EMIR ABDELKADER

Par l’Emir Abdelkader le 30 octobre 1852

« (…) Vous êtes de ceux qui ne font pas de vains serments ou qui trompent par le mensonge. Vous avez eu confiance en moi ; vous n’avez pas cru à ceux qui doutaient de moi ; vous m’avez mis en liberté, tenant ainsi, sans m’avoir fait de promesses, les engagements que d’autres avaient pris envers moi et n’avaient pas tenus.

Je viens donc vous jurer, par les promesses et le pacte de Dieu, par les promesses de tous les prophètes et de tous les envoyés, que je ne ferai jamais rien de contraire à la foi que vous avez eue en moi, que je ne manquerai pas à ce serment ; que je n’oublierai jamais la faveur dont j’ai été l’objet, qu’enfin je ne retournerai jamais dans les contrées de l’Algérie. (Fi qathr ed-Djezaïr.)

Lorsque Dieu m’eut ordonné de me lever, je me suis levé, et j’ai frappé la poudre autant que je l’ai pu ; lorsqu’il m’eut ordonné de cesser, j’ai cessé, obéissant aux ordres du Très-Haut. C’est alors que j’ai abandonné le pouvoir et que je suis venu à vous.

Ma religion et mon honneur m’ordonnent d’accomplir mes serments et de ne point user de mensonge. Je suis chérif (descendant du Prophète), et je ne veux pas que l’on puisse m’accuser de trahison. Comment, d’ailleurs, cela serait-il possible, maintenant que j’ai éprouvé vos bienfaits et des faveurs dont je ne pourrai jamais assez vous remercier ? Un bienfait est un lien jeté au cou des hommes de cœur.

J’ai été témoin de la grandeur de votre pays, de la puissance de vos troupes, de l’immensité de vos richesses et de votre population, de la justice de vos décisions, de la droiture de vos actes, de la régularité des affaires, et tout cela m’a convaincu que personne ne vous vaincra, que personne, autre que le Dieu tout-puissant, ne pourra s’opposer à votre volonté. J’espère de votre générosité et de votre noble caractère que vous me maintiendrez près de votre cœur, alors que je serai éloigné, et que vous me mettrez au nombre des personnes de votre intimité, car si je ne les égale pas par l’utilité de leurs services, je les égale par l’affection que je vous porte.

Que Dieu augmente l’amour de ceux qui vous aiment et la terreur dans le cœur de vos ennemis !

J’ai terminé ; je n’ai plus rien à ajouter, sinon que je reste avec votre amitié, et fidèle à la promesse que je vous ai faite.»

Daté du milieu de moharrem 1269 (30 octobre 1852). Dr CHIBOUNE L.

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En réponse : lorsqu'en octobre 1852, Louis-Napoléon Bonaparte, devenu le Prince-Président, vint annoncer à Abd el Kader, au château d'Amboise, qu'il le rendait à la liberté, il lui fit traduire un document où il lui disait : " Vous serez conduit à Brousse, et vous y recevez du Gouvernement français un traitement digne de votre ancien rang...Votre religion, comme la nôtre, apprend à se soumettre aux décrets de la Providence. Or, si la France est maîtresse de l'Algérie, c'est que Dieu l'a voulu, et la nation ne renoncera jamais à cette conquête. Vous avez été l'ennemi de la France, mais je n'en rends pas moins justice à votre courage, à votre caractère, à votre résignation dans le malheur ; c'est pourquoi, je tiens à honneur à faire cesser votre captivité, ayant pleine foi dans votre parole". Abd el Kader eut l'occasion de définir plus tard sa reconnaissance en terme symboliques : " D'autres ont pu me terrasser, disait-il ; d'autres ont pu m'enchaîner ; mais Louis Napoléon est le seul qui m'ait vaincu". Source : Document paru à l'occasion du centenaire de la colonisation. L'EMIR ABDELKADER ET LA REGION DU SUD-ORANAIS : L'émir est passé plusieurs fois dans la région d'Aïn-Sefra (entre 1842-1847) afin d'organiser la résistance contre l'invasion du sud qui se prépare. C'est à Tiout, que l'Emir demanda aux tribus de se préparer contre l'armée française sous la conduite du général Cavaignac qui arrive par Tlemcen. Les derniers mots de l'Emir qui se sont transmis jusqu'à nous : «  PROCREER ! PROCREER ! PROCREER VOUS TRIOMPHEREZ UN JOUR... » L'Emir marqua beaucoup de respect pour le ksar d'Aïn-Sefra habité par les descendants de Sidi Abdelkader El Jilani, et n'exigea pas l'impôt comme il le fit pour d'autres régions.

Le  5 mai 1847, l’armée française, après être passés dans les autres ksars (Asla, Moghrar F. Moghrar T. Tiout) ils arrivèrent à Aïn-Sefra.  L’historien Chamberet qui faisait partie de l’expédition écrit : « Peu avant d’atteindre le ksar d’Aïn-Sefra, on aperçoit à droite un millier de kabyles, bordant une crête rocheuse…qui court parallèlement au pied du djebel Aïssa. Devant la tête de la colonne et dans  la plaine au pied de l’extrémité ouest de cette crête, un goum de 400 à 500 cavaliers se fait voir par groupes de 100 et 150 chevaux. A gauche et dans les dunes qui sont derrières le ksar, la population d’Aïn-Sefra en armes se montre également en observation ».  L’auteur ajoute : « il était facile de reconnaître l’influence que possédait encore Abdelkader au commencement de 1847 ». Le Docteur Jacquot qui accompagnait l’expédition note : «  En arrivant à Aïn-Sefra, nous trouvâmes l’ennemi disposé à nous attendre à pied ferme. La cavalerie paradait dans la plaine ; avec une lunette, on pouvait découvrir des groupes jusqu’aux  bornes de l’horizon ». La bataille s’engagea et dura toute la journée, jusqu’à cinq heures du soir. Elle fut, bien sûr, à l’avantage de la colonne française qui comptait 2800 hommes avec 140 000 cartouches et des canons avec une réserve de 400 obus. Après la bataille, les soldats reçurent l’autorisation du général Cavaignac de « piller la ville et de couper les céréales ». Puis après cet échec, commençait la préparation de l’insurrection de Cheikh Bouamama qui a duré plus d’un quart de siècle (1881-1908).. Effectivement grâce aux insurrections que le peuple algérien a préparé la guerre qui mettra fin à la colonisation

 

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