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NATHALIE, CHARLOTTE, DOROTHEE, MERE D'ISABELLE EBERHARDT

NATHALIE, CHARLOTTE, DOROTHEE, MERE D'ISABELLE EBERHARDT
NATHALIE, CHARLOTTE, DOROTHEE, MERE D'ISABELLE EBERHARDTNATHALIE, CHARLOTTE, DOROTHEE, MERE D'ISABELLE EBERHARDT

  NATHALIE, CHARLOTTE, DOROTHEE, MERE D’ISABELLE EBERHARDT

UN DESIR D’ORIENT (1)

        Aristocrate russe d’origine allemande née Eberhardt le 23 septembre 1835 à Saint-Pétersbourg. En 1858 et au cours d’un bal organisé par le Tsar Alexandre II, le jeune lieutenant général Pavel Karlovitch de Moeder rencontra la belle Nathalie, Charlotte, la fille du baron de Korff, un noble, d’origine allemande. Le général était veuf et avait un enfant : Constantin. Il avait 48 ans. Nathalie l’épousait alors qu’elle avait 20 ans. Elle était de religion luthérienne mais cela ne présentait aucun inconvénient. A l’époque la princesse luthérienne Maria Alexandrovna partageait le trône du Tsar.

        Le mariage est célébré à Pavlovsk. Il leur naît quatre enfants : Elisabeth, Nicolas, Olga et la petite Nathalie. Les parents engagèrent comme précepteur Alexandre Trophimosky, un ancien pope de l’Eglise Orthodoxe, né à Kherson en 1826. Il avait près de cinquante ans. Fils de paysans, il rêvait d’une justice sociale. Il dénonçait l’asservissement et l’oppression sous toutes ses formes ce qui changer sa vie, il devient nihiliste et ami de Bakounine et disciple de Tolstoï. Il avait un rôle dans le mouvement révolutionnaire russe de l’époque. Pour lui, il faut s’en sortir par l’enseignement. Philosophe, érudit, polyglotte, il parle le latin, le grec, le russe, l’allemand, le français, le turc et l’arabe. C’était en Ukraine, qu’il avait rencontré le lieutenant général de Moerder qui était gouverneur de cette région.       

     En 1855, le Tsar Nicola 1er est mort. Pavel fut informé qu’il était élevé au rang de lieutenant général puis il devient sénateur.    

       A 71 ans, le sénateur général Pavel eut son troisième fils : Vladimir.

       Aucune biographie d’Isabelle Eberhardt ne faisait allusion au médecin de famille de religion musulmane. Il recommandait au Moerder un changement d’air parce que le fils du général, Constantin, le beau fils de Nathalie n’allait pas bien à cause du climat difficile à Pavlovsk. Il avait une bronchite.

         En avril 1871, le sénateur général de Moeder, son épouse et leurs enfants décidèrent de quitter la Russie. C’est vers la Suisse qu’ils allaient se diriger mais sans le sénateur. Nathalie et Alexandre ne peuvent à eux seuls faire le voyage en traînant avec eux l’enfant malade Constantin et trois enfants dont le dernier n’avait pas trois ans, sans oublier les bagages. La présence du médecin de famille était indispensable pour se déplacement qui s’annonce difficile et surtout en hiver.

          Pour tous les biographes d’Isabelle Eberhardt, sa mère Nathalie se serait enfuit de Russie avec Alexandre Trophimovsky. Le couple adultère se serait rendu en Turquie et de là à Naples. Pour Nathalie, le percepteur était loin de s’occuper de l’éducation de ses enfants. Le résultat final fut tout aussi mauvais. Le précepteur était devenu une bête noire pour ses enfants. Dès fois, elle s’interroge sur le choix qu’avait fait son mari pour un personnage si peu recommandable. Il était suspecté par l’intelligentsia Russe. Il avait quitté la Russie pour éviter une arrestation. Il était impliqué dans un procès nihilistes.

         A Naples, le sénateur général rencontrait sa femme. Ils avaient fait le voyage par chemin de fer. Ils avaient traversaient une partie de la Russie, puis un bout de Pologne en direction de Varsovie, après quoi ils étaient dirigés sur Berlin, de là sur Fribourg, et enfin ils arrivaient en Suisse par Bâle et Zurich. Ils s’installaient aux environs de Montreux. Durant ce long séjour, elle était en compagnie de son mari qui passa toute l’été puis finit par rentrer en Russie. Il laissa sa femme enceinte.           

           Le 11 décembre 1871 est né Augustin de Moerder dans une pension familiale. Le sénateur général venait de fêter ses soixante dix ans à Saint-Pétersbourg. Il était privé de sa femme qu’il aimait et privé de l’enfant qui venait de naître.

          Le 24 avril 1873, Pavel Karlovitch de Moerder décède à Moscou. L’annonce de la mort parvint en Suisse plus d’une semaine après son enterrement. Nathalie occupait la villa Neuve des Grottes, à proximité de la gare. Elle percevra une rente qui lui sera versé à Genève.

            Durant l’été 1874, Nathalie retourne à Saint-Pétersbourg pour revoir sa mère et va par la suite à Moscou pour s’assurer de sa rente qui lui sera versée puis revient en Suisse.

             A la villa Neuve, Alexandre Trophimowski reçoit des proscrits, des révolutionnaires échappés de Sibérie, de Turquie et des réfractaires…Parfois, il tenait des propos blasphématoires et rendait Nathalie de Moerder malade. Il ne cessait de traiter de tous les noms Jésus Christ. En crise de nerfs, il lui lança à chaque fois que : « Dieu n’existe pas ! Jésus-Christ canaille ! … ». De religion luthérienne, elle n’a pas pu supporter les insultes de son compagnon envers le Christ. Ecrasée, terrorisée, elle quitta sa maison pour aller voir le médecin de famille qui avait probablement ouvert un cabinet non loin de la villa Neuve. Le problème était beaucoup plus psychologique que physique. Les visites se font presque quotidiennement et les discussions se portèrent sur les religions. L’approche s’éclaircit nettement pour les deux personnes. Le médecin arrivait à établir une concordance entre la doctrine de Luther et certains Hadith du Prophète Mohammed (Qsssl).   

             Le  moine  Luther  (2)  considère  que  les  chrétiens  n’ont  pas  besoin  d’intermédiaire pour aimer Dieu. Il condamne la fonction cléricale et la vie monastère. Il assure que l’Ecriture sainte est le seul fondement de la Foi. Il s’élève contre le célibat des prêtres et affirme que leur devoir c’est de guider les croyants dans le droit chemin. Les anges n’entrent pas dans une maison où se trouve un chien ou une représentation figurée. Il enseigne qu’aucun homme ne peut échapper à ce que son créateur lui a prédestiné…Pour les luthériens, Jésus-Christ est un messie. Il n’est ni un Dieu, ni un fils de Dieu. Ils ne croient pas à la Trinité.

              Luther ne recommande-t-il pas aussi d’enlever des lieux de culte toutes les statues et toutes les icônes estimant qu’elles sont objets d’idolâtrie ? Quelles coïncidences ! Le Prophète a-t-il laissé quelque chose dont il n’a pas parlé aux musulmans ? Au XV° siècle, en Europe, des fanatiques croyaient fermement, qu’en mobilisant la chrétienté contre l’Islam, il mettait fin au schisme de Luther.

               Nathalie finit par se marier secrètement conformément à la Charia avec le médecin musulman de peur d’être dénoncée à l’ambassade de Russie. Elle mit au monde une fille, le samedi 17 février 1877 que le docteur François Vuillet, alla déclarer à la mairie de Genève : Isabelle, Wilhelmine, Marie Eberhardt « fille illégitime ». Le père biologique et à la mère avaient choisi à leur fille le prénom de Myriam (3). Une année plus tard, le père avant de mourir, avait demandé à sa femme d’aller vivre dans un pays musulman en « Dar Islam » et d’annoncer la Chahada à la mosquée devant un imam.

        Avec le temps, Nathalie finit par oublier sa vie antérieure et choisit de vivre dans l’amour de l’Islam et de son Prophète. Elle s’intéresse aux journaux, revues et ouvrages parlant de l’Islam, du Soufisme et des contes Arabes. En 1894, sa fille Isabelle Eberhardt avait 17 ans. Elle avait acheté l’édition bilingue des poésies populaires de la Kabylie au jurjura (4), La Kabylie et les Coutumes Kabyles (5), une étude intitulée : Le Coran, sa poésie et ses lois.  

         Depuis la mort de son mari, madame de Moerder avait eu toutes les raisons de cacher sa liaison avec le médecin musulman, son adhésion à l’Islam et la paternité d’Isabelle pour ne pas déséquilibrer la vie de sa famille. Il fallait toucher la part d’héritage de son mari de Moerder, de bénéficier d’une pension et user du prestige de femme de général pour vivre en sécurité dans sa villa Neuve des Grottes à Genève. Que pouvait-elle attendre de ce père musulman qui l’a quitté précocement ? La seule chose qu’elle avait héritée de lui et la plus précieuse au monde à mon avis, c’est « la foi en l’Islam » (6). Pour les biographes, toute la réflexion et le vif intérêt qu’Isabelle Eberhardt portait à l’Islam sont passés sous silence (7).

          L’Islam à cette époque était par ailleurs devenu, notamment en Allemagne, un sujet d’études de plus en plus scientifique de la part d’auteurs comme Karl Brockelmann et Johann Fück (8). Ces deux grands chercheurs font partie du Comité d’enseignement à l’Université « Martin Luther » de Halle depuis de longues années. Le premier publia : « L’Histoire de la Littérature Arabe », « l’Histoire des Peuples Islamique ». Le second, publia un livre qu’il intitula : « Les études arabes en Europe jusqu’au début du XX° siècle ». Goldziher, le Hongrois, était étudiant à l’université d’al-Azhar au Caire en 1873… Victor Hugo, l’illustre poète et écrivain a composé admirable vers  au  sujet  du  Prophète  dans  la  «  Légende des Siècles  », ou de Goethe auquel on doit les magnifiques vers de « Mahomet Gesang », avait introduit en Europe un intérêt historique et sentimental pour l’Islam qui envahit l’Europe. Le poète apporte un témoignage sur la nouvelle religion, il dit (9) : « Il est absurde que chaque homme considère sa situation puis s’en tienne à son point de vue personnel. Si l’Islam est la soumission de l’homme à Dieu, alors nous tous vivons et mourons dans l’Islam ».

En 1892, Nietzsche annonçait dans ses publications que « Dieu est mort » (10). Pour Nathalie et sa fille seul l’exil pourra les sauver de ce monde en décadence, un monde bourgeois sans religion ni moral.                                      

            En 1896,  Isabelle Eberhardt entre en contact avec le nationaliste Egyptien Abbou Naddara (l’homme aux lunettes), un polyglotte et un arabisant, de son vrai nom : James Sanua. Il lança un journal satirique en arabe à Paris. C’est lui qui a aidé Cheikh Abdou (1848-1907) à apprendre le français.

           Simonne Lacouture avait dit à propos de Cheikh d’El-Azhar (11) : « Ce Luther de l’Islam » a introduit le principe même de la révolution dans le domaine spirituel : l’esprit d’examen, le rationalisme qui font irruption dans le monde alors clos de la pensée musulmane ».

          En 1895, il était membre du conseil d’El- Azhar et il était en correspondance avec Tolstoï. Le réformateur égyptien assistait Djamel Eddine Al-Afghani (1838-1897) dans la publication du journal « Al Orwa al-Wouthqa » (le lien indissoluble) dans les années 1880 à Paris (12). Le but essentiel de ce journal est de rassembler les musulmans vers une même parole et de lutter contre le colonialisme et le sous-développement. A l’époque il y avait une véritable communauté musulmane à Paris, dont le nombre était estimé à plusieurs milliers.          

         Fin mai 1897, Nathalie débarque avec sa fille alors âgé de 20 ans à Annaba. Elles éliront domicile dans le quartier musulman de la ville. Ce fut à cette époque que sa mère Nathalie se convertit officiellement à l’Islam sous le nom de Fatima Manoubia. Elle prononça la formule de la foi islamique (Chahada) devant l’Imâm de la mosquée de Bou Merouane. Le 27 novembre 1897, elle meurt à la suite d’une crise cardiaque et fut enterrée au cimetière musulman de Zeghouane à Annaba.

          De son héritage : Elle avait déshérité Nicolas, Elisabeth, Olga qui avaient fui la villa Neuve pour la Russie. Seuls Augustin, Vladimir et Isabelle figuraient dans son testament.

           Le 15 mai 1899, Alexandre Trofimovsky meurt d’une longue maladie de la gorge et il est enterré au cimetière de Vernier (Genève).

La destinée des enfants du sénateur général Pavel Karlovitch de Moerder.

  • Constantin quitta la pension Cougnard (Genève). Il retourna à Saint-Pétersbourg en 1877.
  • Nicolas s’engagea dans l’armée française puis en 1898, deux ans plus tard, il est expulsé de Suisse. Il s’installe à Moscou.
  • Elisabeth et Olga avaient tous les deux épousé des officiers russes.
  • La demoiselle Nathalie épouse Perez Moreyra le 7 avril 1887 puis rentre en Russie.
  • Vladimir dit Volodia, s’est suicidé le 13 avril 1898.
  • Augustin s’engagea dans l’armée française à Sidi Bel Abbés puis il est réformé, le 4 février 1896. Il s’installa à Marseille puis il se suicide durant l’année 1914.

 

Référence :

  1. Edmond C. Roux, Un Désir d’Orient, Grasset – 1988.
  2. A. Maalouf : Léon l’Africain. P.288.
  3. Myriam : Pseudonyme utilisé par Isabelle Eberhardt pour signer certaines lettres à ses amis intimes. (Isabelle Eberhart a déclaré en avril 1903 aux envoyés spéciaux du quotidien La Petite Gironde : «  Fille de père sujet russe musulman…je suis née musulmane…)
  4. Colonel Hanoteau : Texte Kabyle, et traduction, Paris 1867.
  5. A.Hanoteau  et A. Letourneux, La Kabylie et les Coutumes kabyles (3 Volumes) Paris 1863-1867.
  6. B. Bellaredj : Revue H.C.I. N°14-Décembre 2008. Isabelle Eberhardt et le colonialisme. P.49.
  7. M. Rochd : Revue H.C.I. N°7 – Juin 2005  - Isabelle Eberhardt et Aïn-Sefra (P.58).
  8.  Dr. M.Fleischhamer : Expose de l’histoire et de la culture islamique dans les ouvrages de Karl Brockelman et Johann Fück – Actes 6° Séminaire Pensée Islamique. PP.333/359. Revue H.C.I. N°7/ Juin 2005 : Le regard des chrétiens sur le Prophète de l’Islam (P.22) : Dr. M. Boudjenoun.
  9. Revue H.C.I. N°12/ Dec. 2007 : Le Prophète de l’Islam : l’autre vision de certains non-musulmans P.54).  Dr.M. Boudjenoun.
  10. Nietzsche : Gai savoir et Ainsi parlait Zarathoustra – publiés en 1892. 
  11. Edmonde C.Roux : Un désir d’Orient – Note. P.685/6.
  12. M.T. Bensaada : La théologie de la libération de Med Abdou. Oumma /2009.        

 

                                                                                                                      B. BELLAREDJ

     

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